La réforme des retraites de 2023 prévoyait un relèvement progressif de l'âge légal vers 64 ans. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 en a suspendu le calendrier. Pour les professions libérales, cette pause modifie l'horizon de départ de certaines générations, sans répondre à la question de fond : un taux de remplacement modeste, que les régimes obligatoires ne suffisent pas à combler. Les leviers de préparation, du plan d'épargne retraite à la prévoyance Madelin, restent les variables décisives.

Une suspension, pas une suppression

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, gèle la montée en charge de la réforme de 2023 du 1er septembre 2026 jusqu'en janvier 2028. Sur cette période, l'âge légal demeure fixé à 62 ans et 9 mois pour les générations concernées. Les personnes nées à compter de 1969 restent soumises à l'âge de 64 ans prévu en 2023.

Il s'agit d'un report, décidé à la veille d'une échéance présidentielle, et non d'un abandon. La trajectoire vers 64 ans a vocation à reprendre à l'issue de la suspension. Le régime de base des professions libérales suit, pour les conditions d'âge, les règles du régime général : la même suspension s'y applique. Les pensions ont par ailleurs été revalorisées au 1er janvier 2026.

La pause offre donc une fenêtre de visibilité à quelques générations. Elle ne change rien à l'architecture des régimes ni au niveau des pensions servies.

Un régime à deux étages, un taux de remplacement modeste

La retraite des professions libérales repose sur deux étages. Le régime de base, géré par la CNAVPL, fonctionne par points depuis 2004, selon une logique de répartition, et couvre l'ensemble des sections. Le régime complémentaire, propre à chaque profession, relève de dix caisses : CARMF pour les médecins, CAVP pour les pharmaciens, CAVEC pour les experts-comptables, CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux, parmi d'autres. Les avocats relèvent d'un régime distinct, la CNBF.

Le régime de base ne représente qu'environ 30 % de la pension totale ; le complémentaire en fournit l'essentiel. En 2026, la cotisation de base s'élève à 8,73 % du revenu jusqu'au plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 48 060 €, puis à 1,87 % sur la fraction comprise entre un et cinq plafonds. La valeur de service du point atteint 0,6599 € au 1er janvier 2026.

L'enjeu tient au taux de remplacement, c'est-à-dire à la part du dernier revenu d'activité que la pension permet de conserver. Pour la majorité des professions libérales, la pension obligatoire représente 30 à 40 % de ce dernier revenu. Certaines sections, comme la CARMF, servent davantage. Le rendement du régime de base décroît par ailleurs à mesure que le revenu augmente : les revenus les plus élevés subissent l'écart le plus marqué. Pour un professionnel bien rémunéré, la retraite obligatoire ne maintient pas le niveau de vie. Cet écart constitue le véritable objet de la préparation.

Le PER, levier central de constitution de capital

Depuis la loi PACTE, le plan d'épargne retraite a remplacé le contrat Madelin retraite pour toute nouvelle souscription, à compter du 1er octobre 2020. Les anciens contrats Madelin retraite demeurent et restent transférables vers un PER.

Pour un travailleur non salarié, le plafond de déduction 2026 retient le plus élevé de deux montants. Le premier correspond à 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit un plancher de 4 806 €. Le second combine 10 % du bénéfice imposable, dans la limite de huit plafonds, et 15 % sur la fraction du bénéfice comprise entre un et huit plafonds. Le plafond peut ainsi atteindre 88 911 €.

Deux particularités servent les professions libérales. Le plafond se calcule sur le revenu de l'année en cours, et non de l'année précédente comme pour les salariés : un pilotage en fin d'exercice devient possible. Le plafond non utilisé est par ailleurs reportable, désormais sur cinq ans depuis la loi de finances pour 2026. Cette souplesse compte pour des bénéfices non commerciaux volatils.

La déduction à l'entrée suit la tranche marginale d'imposition : plus celle-ci est élevée, plus l'avantage est marqué. Concentrer les versements sur les exercices à forte imposition renforce l'effet du dispositif. À la sortie, le capital ou la rente sont disponibles ; les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique à 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux. Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués après soixante-dix ans ne sont plus déductibles.

Cet avantage a une contrepartie. L'épargne reste indisponible jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé prévus par la loi, comme l'acquisition de la résidence principale ou les accidents de la vie. La sortie est fiscalisée, et la performance dépend des supports retenus : les unités de compte comportent un risque de perte en capital.

Pour un libéral fortement imposé, le PER demeure néanmoins le levier fiscal le plus efficace, à condition de calibrer le plafond chaque année.

La prévoyance Madelin, protection du revenu et des proches

Le cadre Madelin n'a pas entièrement disparu. S'il ne s'applique plus au contrat retraite depuis 2020, il reste ouvert aux contrats de prévoyance et de santé des travailleurs non salariés, au titre de l'article 154 bis du Code général des impôts.

La couverture publique des aléas reste limitée. Les indemnités journalières existent pour les libéraux depuis juillet 2021, mais leur durée est courte et leur montant plafonné. Le plafond de calcul a même été abaissé à 1,4 SMIC pour les arrêts ouverts depuis avril 2025. Une incapacité durable, une invalidité ou un décès prématuré demeurent mal pris en charge par le régime obligatoire.

La prévoyance Madelin couvre ces trois risques : indemnités journalières en cas d'arrêt, rente d'invalidité, capital et rentes pour les proches en cas de décès. Son plafond de déduction 2026 correspond à 3,75 % du revenu professionnel augmenté de 7 % du plafond de la Sécurité sociale, dans la limite de 11 534 €. Cette enveloppe est distincte de celle du PER. Elle suppose une imposition au régime réel et n'ouvre pas de déduction sociale.

Le choix d'un contrat repose d'abord sur la qualité des garanties : définition de l'invalidité, délai de franchise, exclusions, montant des rentes. L'avantage fiscal reste secondaire. Préparer sa retraite sans protéger le revenu qui l'alimente laisse l'équation incomplète.

Une équation à traiter de façon coordonnée

La suspension de la réforme déplace le calendrier ; elle ne modifie pas l'arithmétique sous-jacente. Un taux de remplacement modeste, des enveloppes fiscales à recalibrer chaque année selon le plafond de la Sécurité sociale et le revenu, un volet risque que la couverture publique laisse largement ouvert : les paramètres restent les mêmes.

Ces leviers interagissent. Le plafond du PER, l'enveloppe Madelin, le pilotage de la tranche d'imposition et la qualité des garanties forment un ensemble. Traités séparément, ils perdent en efficacité. ATRIOMA accompagne les professions libérales dans cette approche coordonnée, à la croisée de l'ingénierie financière, de l'assurance et du conseil fiscal.

Questions fréquentes

La réforme des retraites est-elle annulée pour les professions libérales ?

Non, elle est suspendue, pas annulée. Le calendrier est gelé du 1er septembre 2026 à janvier 2028, puis la trajectoire vers 64 ans a vocation à reprendre. Les personnes nées à compter de 1969 restent concernées par l'âge de 64 ans.

Quel taux de remplacement attendre de la retraite obligatoire d'un libéral ?

Pour la plupart des professions libérales, la pension obligatoire représente 30 à 40 % du dernier revenu d'activité. Le régime de base n'en couvre qu'environ 30 %, le complémentaire fournit l'essentiel. L'écart s'accentue pour les revenus les plus élevés.

Le contrat Madelin retraite existe-t-il encore ?

Non pour les nouvelles souscriptions : depuis le 1er octobre 2020, le PER l'a remplacé. Les anciens contrats Madelin retraite subsistent et restent transférables vers un PER. Le cadre Madelin demeure en revanche ouvert pour la prévoyance et la santé.

Le PER et la prévoyance Madelin partagent-ils le même plafond de déduction ?

Non, ce sont deux enveloppes distinctes. En 2026, le plafond du PER peut atteindre 88 911 € pour un travailleur non salarié, celui de la prévoyance Madelin 11 534 €. Chacune se calcule selon ses propres règles.

Sujets abordés
Réforme des retraites 2023 Taux de remplacement PER Prévoyance Madelin PASS 2026 CNAVPL Article 154 bis CGI

Les montants cités reflètent le cadre en vigueur en 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Toute stratégie dépend de la situation propre à chaque professionnel.